Arpenter la joie (titre provisoire)

17 septembre 2026 26 septembre 2026

À l’occasion de ma fête de départ de la MJC, le 27 septembre 2025, j’ai posé un geste « performatif » fort : celui de découper en vingt fragments, à l’aide d’une lame tranchante, le livre «  L’ art de la joie »  de Goliarda Sapienza. Ce geste, loin d’être une destruction gratuite, se voulait un acte de partage radical, une redistribution matérielle et symbolique d’une œuvre qui, comme l’éducation populaire, questionne les formes de transmission, de résistance, de désobéissance, et d’émancipation.

En offrant chacun de ces vingt fragments à vingt personnes présentes, j’ai initié une communauté d’arpenteur·euses, appelée à se réunir un an plus tard pour recomposer ensemble ce texte, non pas pour le « restaurer », mais pour en éprouver collectivement les forces politiques, affectives et imaginaires.

L’arpentage – pratique issue des mouvements d’éducation populaire – devient ici un dispositif de recherche-création, où le geste artistique (le découpage, la mise en fragments, la convocation) ouvre un espace de dialogue et de co-interprétation du monde.)

Je souhaite que ces retrouvailles soient belles, chaleureuses et conviviales, autour d’un repas partagé, de préférence en extérieur, dans un lieu ouvert.

Le choix du château de Monthelon, espace artistique habité par des pratiques d’hospitalité, de fraternité et d’expérimentation, s’est alors imposé comme une évidence. Ce lieu incarne une manière de faire collectif qui résonne avec les enjeux de mon projet doctoral : comment les pratiques artistiques socialement engagées peuvent-elles réactiver les imaginaires, les méthodes et les finalités politiques de l’éducation populaire ? Comment l’art peut-il redevenir un levier d’émancipation, non pas par le discours, mais par la mise en acte, par des expériences sensibles et situées ?

Ce dispositif – offrir un livre en morceaux, rassembler un groupe un an plus tard pour co-arpenter ce qui a été fragmenté – est une manière de mettre en tension plusieurs idées que je souhaite explorer :

– La fragmentation comme méthode : penser l’éducation populaire à partir de ce qui a été éparpillé, dispersé, pour mieux le réinventer collectivement ;

– La performativité des gestes artistiques : faire de l’acte de couper un acte politique qui interroge les formes dominantes de transmission culturelle ;

– La communauté provisoire : (re)fabriquer du commun, là où il a disparu ou il n’existait plus ou pas encore, dans la lignée des pratiques de recherche-création qui privilégient les processus relationnels ;

– L’hospitalité comme condition de l’émancipation : inscrire la recherche dans un cadre qui permet la joie, l’écoute, la convivialité, éléments parfois négligés mais centraux dans l’éducation populaire historique.

Ainsi, cette rencontre à Monthelon ne sera pas un simple retour en arrière ou une célébration privée : elle s’inscrit dans une expérimentation située, au cœur de ma thèse, qui explore comment des gestes artistiques modestes mais «  puissants »  peuvent contribuer à réactualiser le projet politique de l’éducation populaire, en renouant avec la joie profonde et indisciplinée dont parle Sapienza.