QUE-CIR-QUE: Berlingske Tidende, Denmark. Dimanche 7th July 1996
    NOUVEAUTE SUR LA PISTE.

    par Jørgen Siegumfeldt

    C‘est “Archaos”, le cirque inter-européen, qui à la fin des années 80 apporta un renouvellement radical sur la grande piste du cirque avec ses vrombissements de motos et son comportement totalement anarchique. Sous le petit chapiteau, une évolution s‘est faite graduellement et d‘un pas plus hésitant. Aujourd‘hui, c‘est le cirque français “Que-Cir-Que”engagé par Copenhague Cité Culturelle Européenne 96, et de passage à Copenhague jusqu‘au 18 juillet, que l‘on peut (doit) voir car il marque un renouvellement analogue.

    On peut choisir de voir ce spectacle comme pure performance, mais la description du genre par les artistes eux-mêmes ne laisse pas de doute quand on prend en considération avec quelle logique le travail est effectué à la fois dans le cadre traditionnel de la notion de cirque, mais aussi en dehors de ce cadre. Dans l‘excellente régie du spectacle, les trois artistes fonctionnent donc comme un trio traditionnel de clowns avec Emmanuelle Jacqueline comme le clown blanc, dominant et châtiant souvent. Naturellement, pas en costumes traditionnels car dans Que-Cir-Que, les éléments extérieurs sont restreints à leur fonction rudimentaire - plus radicalement chez Jean-Paul Lefeuvre, crâne rasé, qui joue dans un costume faisant penser tout au plus à un slip moulant.

    Et si un mât au milieu du manège n‘est pas traditionnel pour un cirque, il est en contrepartie multifonctionnel: par exemple pour accrocher les porteuses de projecteurs, comme mât de cocagne, pour accrocher les larges bandes élastiques utilisées aussi par les artistes, et comme accessoire représentant le mur sur lequel les artistes se cognent la tête de temps en temps (au sens propre du terme). Le mât souligne et élargit le symbole du manège et la richesse d‘associations d‘idées.

    Les clowns traditionnels se posent souvent comme artistes. C‘est ce qu‘ils font aussi indubitablement ici, mais contrairement à ce que nous sommes habitués, ils ne recherchent pas les prestations dans le sens du “Guinness, Livre des Records”. Quant à la mimique, on se penche plus vers l‘absurde que vers le type de show-business qui cherche à se promouvoir. Aucun numéro n‘est dangereux, par exemple lorsque Emmanuelle Jacqueline fait son numéro de trapèze tel un grand et bel oiseau qui prend son élan sur la piste et plane très bas au dessus de celle-ci tout en présentant un numéro chorégraphique raffiné. Il n‘y a pas non plus de raison de paniquer quand Hyacinthe Reisch (un homme malgré le prénom) se sert de sa grande roue ou d‘accessoires du même acabit. A l‘exception peut-être du moment (étrange rupture de style) où il remonte aux sources traditionnelles de la cascade, est projeté hors de la roue et semble aller atterrir au beau milieu du public.

    Ce détail étant une exception, tous les numéros composant le spectacle sont au plus haut point originaux au sens le plus propre du terme. Je ne me souviens pas avoir vu combiner artistes et accessoires de cette façon, sans parler de la façon de s‘agripper au mât.

    Pensez juste au fait d‘attacher le bout d‘une corde à l‘axe d‘une roue de vélo et l‘autre bout au mât pour ensuite faire tourner la roue autour du mât où la corde s´enroule afin que le rayon devienne de plus en plus petit. L´artiste s´étend ensuite sur la piste sous la corde et essaye de ne pas être atteint par la roue!

    Ou alors ce vieux numéro qui consiste à laisser les deux hommes travailler comme duo, entre autre comme “roue humaine” alors qu‘alternativement, ils fument un cigare commun qu‘ils se passent.

    Et ainsi de suite pendant une heure et quart environ avec un timing parfait, à un rythme adéquat et avec une musique appropriée: d‘une part grâce à la contribution des artistes, d‘autre part grâce à une bande son passant de la musique concrète, aux chansons suédoises, rock, jazz moderne et avec la version de Lester Bowie du Great Pretender comme symbole musical (voulu?) des nouvelles racines de ce spectacle de cirque. On a envie d‘utiliser une phrase souvent trop mal usitée: ils ont redécouvert la tradition. Ils nous ramènent en tout cas vers quelque chose qui ressemble au rituel archétypique de l‘Homo Ludens.