JÉSUS, UN LÉGIONNAIRE ET SALOMÉ EN PISTE. Le Monde 16 Février 1998

    par Jean-Louis Perrier
     

    Ils sont trois acrobates (une fille et deux garçons) aussi unis et séparés que les trois syllabes de leur enseigne Que - Cir - Que. Un triangle dans un rond. Du cirque, ils ont conservé l'essence, tout en inversant les valeurs. Avec eux, l'exploit physique se fait discret et le sadomasochisme éclatant. Rien de subilmé dans leurs mouvements, mais la soumission à des saynettes, inscrites dans les itinéraires et les rencontres de leur corps qu'ils meurtrissent sans passion, par simple ajustemnt à la fatalité de conter la fatalité.

      Avec les garçons, c'est tout noir ou tout blanc. Un Jésus (cheveux longs et jupette noire) et un légionnaire (boule à zero et caleçon blanc). La fille, genre Salomé, corrige ses créatures de gifles bien senties et les remet dans le droit chemin du tourner en rond. Chacun à forgé les instruments de son supplice en complétant la panoplie chez le droguiste du coin. L'usage du balai-brosse conduit au ballet-brosse. Quand l'objet se met à danser entre leurs mains, leurs pieds et leur nombril (surtout leur nombril), c'est qu'ils deviennent un peu objets eux aussi. D'un souffle, une vulgaire chambre à air vous fait expirer son homme.

      Les tours de force tournent au tour de farce. Noire. Les garçons sont toujours un peu étonnés par ce qui leur arrive. Quand ils sont vraiment fatigués, ils marchent un peu au plafond pour se détendre. Le rest du temps, ils jouent la complémentarité: Il y aura toujours un piétineur et un piétiné, l'un crachant la fumée que l'autre vient d'aspirer. La recherche du sans - faute est celle du sans-expression. Les visages s'efforcent de rester figés. Et pourtant, petit à petit, des personnage s'equissent, les investissent, s'imposent. Ils leur opposent une legère hébétude, le sourire intéreur de visiteurs égarés convaincus de ne vivre qu'un cauchemar passager.